Cosmétiques naturels et biologiques


Coup de gueule
 
Pourquoi les produits bio et écologiques
sont-ils aussi chers en Suisse ?

 

Un marché très petit

La France a une superficie de 575'417 km2 pour une population de quelques 65 millions d’habitants. L’Allemagne a une superficie de 357'046 km2 pour une population de presque 82 millions d’habitants. La Suisse, elle, a une superficie de 41'285 km2 pour, plus ou moins, 7,7 millions d’habitants.

A cela s’ajoute un élément qui va morceler encore plus le marché helvétique. La Suisse est un pays multiculturel. Grosso modo, 65% de la population est alémanique, 10% est de culture italienne (Tessin) ou romanche, enfin, 25 % est romande. Les produits qui plaisent aux Alémaniques ne sont pas les mêmes que ceux qui ont la préférence des Romands ! Donc, cela nous fait, pour la Suisse romande, un marché d’environ  1,9 millions d’âmes.

Par comparaison, le département français du Rhône (chef-lieu : Lyon) a une population de 1,7 millions d’habitants. Quant aux Bouches-du-Rhône (chef-lieu : Marseille), il compte presque 2 millions d’âmes. Bref, le marché suisse romand n’est pas plus grand qu’un département français ! Aussi, lorsque les grossistes et les importateurs négocient avec les producteurs et les fabricants, ils ne sont pas en position de force pour négocier sur les prix. Le minuscule marché helvétique est considéré par les producteurs et les fabricants européens comme un petit poucet sans grand intérêt !

L’un des deux leaders de la grande distribution en Suisse, au logo orange, a choisi, pour le bio, de contourner le problème culturel en important  la marque d’une multinationale hollandaise, ce qui met tout le monde d’accord, alémaniques comme romands. Malheureusement, c’est une marque qui se positionne sur de la qualité supérieure, donc ses produits sont relativement onéreux.

 

On a pris le train du bio marche…

La Suisse est la patrie des montres et du chocolat ? C’est aussi celle de l’industrie chimique et pharmaceutique. Bien sûr, sentant le vent tourner, depuis le début des années 90, les groupes ont peu à peu vendu leur département engrais et pesticides pour se concentrer sur la production de médicaments et de compléments alimentaires…. chimiques ! Mais durant des années, ils ont mené un véritable travail de lobbying auprès des autorités politiques et du monde agricole pour les convaincre d’utiliser leurs produits. C’est le concept de « l’agriculture raisonnée » ! On utilise des engrais et des pesticides chimiques, mais juste ce qu’il faut, hein, pas plus !

A l’époque, l’autre géant de la grande distribution en Suisse a créé son propre cahier des charges pour distribuer les produits estampillés « raisonnés ». Le plus drôle, c’est qu’il n’a même pas pris la peine aujourd'hui de changer le nom de son label pour faire produire – car il ne cultive et ne fabrique rien lui-même –  ses propres produits bio ! Résultat, sous le même label ont longtemps cohabités du bio pur et dur, du presque bio issu d’exploitations agricoles en cours de conversion au bio et du « raisonné » bourré de chimie !

A cause de ces pressions de l’industrie chimique, ajoutées à la lenteur administrative résultant du fédéralisme et de la démocratie directe, l’agriculture suisse a pris du retard. Aujourd’hui, une bonne partie des produits frais bio (fruits, légumes, viandes, etc.) doit être importée de l’étranger pour couvrir la demande en constante croissance. C’est attristant. Faites un tour sur les marchés bio en Suisse romande et regardez bien. Une bonne partie des producteurs viennent de France voisine et, quand les commerçants sont bien de chez nous, beaucoup de leurs produits viennent de l’étranger…

 
Un pays protectionniste où la vie est chère

Des taxes et encore des taxes !

La Suisse est aujourd’hui une petite enclave, qui se protège, en plein territoire de l’Union Européenne. Berne prélève sur les produits importés des droits de douane. Les déclarants en douane (transitaires) se font payer au prix fort car il est difficile de se passer de leurs services. De plus, compte tenu des faibles volumes achetés (cf. la petite taille du marché), les frais de transport des marchandises sont la plupart du temps facturés à l'importateur. Ces coûts (douanes + frais de dédouanement + transport) sont évidemment répercutés sur le prix de vente final.

Suisse = haut-de-gamme

Vous nous direz, mais pourquoi tant d’importations de produits bio ? Il n’y a pas de production suisse ? Nous avons vu ce qu’il en était pour les produits agricoles. En ce qui concerne les cosmétiques, une grande partie des marques suisses font fabriquer leurs produits à l’étranger. Lorsqu’elles produisent en Suisse, elles cherchent à exporter (cf. la petite taille du marché helvétique !). Dans l’esprit des consommateurs étrangers, Suisse = pays riche = produits chers mais de qualité. Donc les fabricants helvétiques se positionnent généralement sur un créneau luxe, hors de prix pour l’acheteur suisse lambda !

Un marché immobilier difficile

Les coûts de l’immobilier commercial, que ce soit à l’achat d’un local ou à la location, sont très lourds en Suisse et encore plus dans les grandes villes. Ces frais, complètement fous du point de vue de nos amis français et allemands, sont bien entendu répercutés sur le prix de vente final.

Des importateurs et des grossistes pas bien gros !

Nous l’avons vu, en matière d’agriculture bio, la Suisse a pris le train en marche. En matière d’importation, de fabrication et de distribution de produits transformés, elle n’a l’a pratiquement raté ! L’un des deux géants de l’agro-alimentaire mondial est Suisse. Il n’a pas crû à la déferlante bio, contrairement à son homologue français. Il est en train de prendre, lui aussi, le train en marche mais avec combien de décennies de retard ? Regardez bien le fonctionnement de cette multinationale. L'intérêt des consommateurs, leur bien-être et leur santé sont-ils sa principale préoccupation ? Ne s'agit-il pas plutôt que de développer des produits inutiles et onéreux, de déposer des brevets permettant de contrôler un marché et de faire ainsi la loi sur les prix ? Pensez à certaines capsules de café vantées dans le monde entier par un certain acteur... C'est la politique du "produit à forte valeur ajoutée". Autrement dit : dites-nous ce dont vous n'avez pas besoin et nous allons vous expliquer pourquoi ça vous est indispensable !
Quand aux deux grands distributeurs, aucun n’a choisi pour ses références bio d’importer les produits bio que les Allemands et Français trouvent dans leurs supermarchés. Nous l’avons vu, l’un a choisi un groupe hollandais, l’autre a créé sa propre marque de produits bio en recyclant un ancien logo !

Les grossistes importateurs de produits bio en Suisse sont pratiquement tous de petites entreprises familiales. Elles manquent de moyens pour se développer et ne reçoivent aucune aide des pouvoirs publics ou des grandes banques, comme c’est le cas de leurs homologues en France ou en Allemagne ! La Suisse chouchoute son industrie tentaculaire et exportatrice. Elle laisse complètement tomber les petits et les sans grades de la distribution. Imaginez que certains créateurs d’entreprises suisses proches des frontières ont dû se tourner vers l’étranger pour trouver des financements !

Difficile, dans ce contexte, pour les grossistes du bio en Suisse d’analyser, d’anticiper et d’investir, comme le font les grands groupes agro-alimentaires conventionnels. Ils sont constamment dans l’urgence, au bord de la crise de nerf, en rupture de stock, en pleine panique…

Le marketing suisse du bio

Aujourd’hui en France et en Allemagne, de nombreuses voix s’élèvent contre la mal-bouffe qui touche principalement les populations en situation précaire. Sans compter les répercussions sur la santé et sur l'environnement de l’utilisation des cosmétiques et produits d’entretien chimiques. Les leaders de la grande distribution et du hard discount, dans toute la Communauté européenne, proposent de plus en plus de gammes de produits bio et écologiques à des prix abordables, destinées aux petits budgets.
Rien de tel en Suisse. Les grands distributeurs helvétiques semblent, pour le moment, avoir pris une autre option. L’invasion du bio est récente sur leurs linéaires. Ils « écrèment » le marché, comme disent poétiquement les as du marketing. En clair, ils partent du principe qu’une partie de la population est prête à payer n’importe quel prix pour le fameux logo « Bio Suisse » ! Alors, ils la plument en bonne et due forme comme sont plumés les poulets bio hors de prix sur les étals helvétiques ! Les prix de vente ne sont pas le résultat d’un ratio comptable, mais d’une approche psychologique des consommateurs.
 

Conclusion un brin pessimiste

On le voit, le marché du bio en Suisse, malgré ses belles promesses éthiques (et toc !), n’est pas plus propre en ordre que le marché conventionnel.

Les facteurs qui influencent le prix des produits bio et écologiques dans notre pays sont si nombreux qu’il est bien difficile d’inverser la tendance.

Pourquoi ce coup de gueule ? Juste pour vous dire que, non, les petits commerçants du bio en Suisse ne sont pas des voleurs qui se font des marges faramineuses sur votre dos. Le bio est cher en Suisse parce tout concourt à ce qu’il le soit !
Il faudra des années pour inverser la tendance. Chez api-bio, nous espérons participer - à notre petite échelle - à cette évolution des mentalités et des pratiques commerciales du marché bio et écologique dans notre pays. La route sera longue et semée d'embuches. Cependant, les messages d'encouragement de nos client nous montrent que nous avançons dans la bonne direction. Qu'ils soient remerciés de leur confiance.
 
Juin 2010 / © api-bio