Cosmétiques naturels et biologiques


 
Le lait d'ânesse
Vertus et applications
 

Le lait, un produit destiné à nourrir les bébés mammifères

Le lait est la sécrétion produite par les femelles mammifères pour nourrir leur progéniture. La consommation humaine de lait d'autres mammifères est indissociable du phénomène de domestication des animaux. L'homme préhistorique était chasseur et cueilleur. Ce n'est qu'en apprivoisant puis en élevant des animaux que lui est venu l'idée de les traire pour consommer leur lait.
 
Dans certaines civilisations, plus particulièrement celles qui ont une tradition végétarienne, le lait est une source de protéines intéressante. Dans d'autres, la consommation de lait est pratiquement inconnue. Pourtant, ces populations ne s'en portent pas plus mal, parfois même mieux. C'est que l'adulte n'a aucunement besoin de consommer du lait. Dans la nature, les mammifères adultes n'en boivent pas !
 
Si le lait a eu un tel succès à travers le globe et à travers les siècles, c'est surtout parce que c'est un aliment relativement facile à produire et que l'on peut conserver. Une femmelle mammifère pour peu qu'elle ait un petit régulièrement donne du lait pendant plusieurs années. En faisant fermenter le lait ou en le transformant en fromage, on le peut en faire un aliment utilisable durant la mauvaise saison, lorsque les autres sources alimentaires sont épuisées.
 
Les productrices de lait
 
Toutes les femelles mammifères produisent du lait. Alors pourquoi l'homme en consomme-t-il certains et pas d'autres ? Ce n'est pas la composition du lait de telle ou telle espèce ni ses vertus alimentaires ou thérapeutiques qui ont fait retenir un lait plutôt qu'un autre. Non, c'est la bonne volonté que met à femelle de l'espèce à se laisser traire par l'être humain, voire à continuer à donner du lait quand on la sépare de son petit !
 
On pensera en Europe à la brebis, à la chèvre et, bien sûr, à la vache. Mais il y a bien d'autres laits. Au Sahara, on consomme le lait de chamelle. Dans la Toundra, celui de yack. En Amérique du Sud, on trait parfois les lamas.
 
Le lait d'équidés
 
Juments et ânesses ne sont pas aussi bien disposées que nos amies les vaches ou les chèvres. Si elles n'ont pas leur petit près d'elles, elles retiennent leur lait puis se tarissent. Même "punition" si l'homme l'empêche de têter. Elles veulent bien partager, mais tout donner !
 
Aussi, ce qui a fait la renommée du lait de jument ou d'ânesse depuis la plus haute antiquité, c'est bien sa composition particulière, proche du lait maternel. On s'est vite aperçu que les bébés alimentés avec un lait autre que maternel tombaient malades et survivaient difficilement, sauf si on utilisait du lait d'ânesse ou de jument.
  
Tableau comparatif de la composition moyenne de divers laits,
les plus fréquemment utilisés en Europe, en grammes par litre
 
 

 

 

 

 

 

Protéines

 

 

 

 

Eau

Extraits
secs
Matières
grasses

Totales

Caséine

Albumine
Glucides:
lactose
Matières
minérales

Lait maternel

905

117

35

12-14

10-12

4-6

65-70

3

Lait de vache

900

130

35-40

30-35

27-30

3-4

45-50

8-10

Lait de chèvre

900

140

40-45

35-40

30-35

6-8

40-45

8-10

Lait de brebis

860

190

70-75

55-60

45-50

8-10

45-50

10-12

Lait de jument

925

100

10-15

20-22

10-12

7-10

60-65

3-5

Lait d'ânesse

925

100

10-15

20-22

10-12

9-10

60-65

4-5

Le lait, qu'il soit d'ânesse ou d'un autre mammifère, contient aussi des vitamines (A, B1, B2, B6, D, C et E), des oligo-éléments et des minéraux tels le calcium, le magnésium, le phosphore, le sodium, le fer et le zinc, mais aussi des bio stimulines comme les immunoglobulines et des alkyls glycérols qui interviennent dans la stimulation des défenses immunitaires.
 
Mais bien entendu, une bonne partie des ces précieux composants est détruite lorsque le lait est chauffé ou lyophilisé. Ces belles propriétés ne sont valables que pour le lait frais et cru.
 
 
Le lait d'ânesse à travers l'histoire
 
Cléopatre, on le sait, prenait exclusivement des bains de lait d'ânesse. Quant à Poppée, l'épouse de Néron, elle avait un troupeau de 500 ânesses rien que pour couvrir ses besoins cosmétiques !
 
Voici ce qu'écrivait P. Dechambre, chef des travaux de zootechnie à l'école vétérinaire d'Alfort, dans les années 1900:

L'exploitation de l'ânesse laitière était en honneur chez les peuples anciens. Les Grecs considéraient le lait d'ânesse comme un excellent remède, les Romains en faisaient une boisson de luxe. Hippocrate le recommandait pour toutes sortes de maux: empoisonnements et envenimations, douleurs articulaires, cicatrisation des plaies, etc...

Buffon le signale dans son Histoire Naturelle : "Le lait d'ânesse est un remède éprouvé et spécifique pour certains maux, et l'usage de ce remède s'est conservé depuis les Grecs jusqu'à nous..."

Au 19ème siècle, et même au début du 20ème, le lait d'ânesse était un remède auquel recouraient nombre de personnes. S'établirent à l'époque, surtout à Paris, beaucoup de "vacheries asiniennes" où s'adressaient les élégantes afin d'obtenir le précieux breuvage. On vendait le lait plus de 8 francs le litre (8 francs d'avant la guerre de 14-18...). Lorsque cessa cette mode, les établissements se tournèrent vers la production de lait destiné aux enfants en bas âge que leurs mères ne pouvaient nourrir. C'est ainsi que l'Hopital des Enfants Assistés a longtemps entretenu un troupeau d'ânesses. On faisait souvent téter les bébés directement au pis de l'ânesse. En pesant le nourrisson, on s'est aperçu qu'il tétait chaque jour entre un litre et un litre et demi.

Le docteur Parrot, qui gérait la nourricerie à l'Hopital des Enfants Assistés, détaille le cérémonial (Bulletin de l'Académie de médecine, 1882) : "Les écuries où l'on tient les ânesses, saines, propres et bien aérées, ouvrent sur les dortoirs où sont les enfants à allaiter. Traitée avec douceur, l'ânesse se prête facilement à allaiter le nourrisson qu'on lui présente. Son trayon est bien adapté à la bouche de l'enfant pour la préhension et la succion. L'infirmière s'asseoit sur un escabeau à droite de l'animal et près de sa croupe. Elle porte avec sa main gauche la tête de l'enfant, ses genoux servant d'appui au reste du corps. La main droite sert particulièrement à agir sur la mamelle, qu'elle presse de temps en temps pour faciliter l'écoulement du lait, surtout si l'enfant est faible. On fait téter les enfants cinq fois pendant la journée et deux fois pendant la nuit. Une ânesse peut nourrir trois enfants de cinq mois".

M. Baillet fait paraître un article dans la Revue médicale - octobre et novembre 1888, intitulé Les ânesses laitières à Toulouse


L'usage du lait d'ânesse remonte fort loin dans le temps, puisque les médecins de la Grèce antique le recommandaient déjà. Plus proche de nous, le roi Francois 1er, réduit à un état de langueur par ses excès et ses fatigues guerrières, fit venir un médecin juif de Constantinople, qui lui precrivit comme seul remède le lait d'ânesse. Le régime réussit si bien au monarque que les courtisans s'empressèrent d'imiter leur souverain.

On utilise de nos jours (1888) des ânesses de la variété gasconne, mais on accorde plus de d'importance à leur conformation qu'à leur race. Les meilleurs "nourrisseurs" gardent souvent les petites femelles afin de les élever, car la pratique a démontré que les facultés laitières sont héréditaires. Mais le plus souvent, les producteurs de lait, lorsque l'ânesse est tarie, la revendent afin d'acheter pour la remplacer une nouvelle femelle et son ânon.

Ceux qui pratiquent en même temps l'élevage et la fourniture de lait ont deux établissements différents : l'un en ville pour la fourniture du lait, et l'autre en campagne pour les soins à donner aux futures mères, car les besoins alimentaires ne sont pas les mêmes.

Les ânesses sont saillies dans leur deuxième année, mettent bas à la fin de la troisième année, et commencent à donner du lait pour la vente au début de leur quatrième année. Elles donnent leur pleine production de lait lorsqu'elles produisent leur deuxième ou troisième ânon. Elles donnent un lait de qualité constante, quoique en quantité moindre, même lorsqu'elles avancent en âge.

L'exigence de beaucoup de clients est que l'ânesse soit amenée à leur domicile et traite devant eux, afin qu'ils soient certains qu'on leur vende (cher) du lait d'ânesse et non pas du lait coupé. C'est pourquoi beaucoup d'établissements producteurs sont situés en ville. A Toulouse, la durée de la sortie est de deux ou trois heures.

On donne au client une "prise" de deux décilitres.

Pour que la séparation d'avec l'ânon ne soit pas trop pénible lorsqu'on effectue les sorties, on laisse ceux-ci jouer ensemble, puis on les remet avec leur mère dès son retour afin de déclencher de nouveau la lactation.

On recommande le lait d'ânesse aux malades atteints de marasme, d'épuisement dû aux excès vénériens, d'affections pulmonaires et bronchiques, d'irritations gastro-intestinales, etc...
 
 
Le lait d'ânesse aujourd'hui
 
Les seules études scientifiques sérieuses sur ce lait ont été conduites en Italie. L'objectif consistait à étudier les vertus du lait d'ânesse pour l'alimentation des nourrissons et des prématurés dans l'idée de l'utiliser pour remplacer les produits maternisés à base de lait de vache que les bébés supportent souvent mal. Cependant, l'étude n'a pu être menée à son terme car il était très difficile de se procurer le lait dans la quantité nécessaire.
 
Aussi, certaines personnes peu scrupuleuses, se basant sur les croyances ancestrales décrites plus haut, essaient de prêter à ce produit des vertus quasi-magiques qu'il n'a pas.
 
Le lait d'ânesse en boisson
 
Proche du lait maternel humain, c'est un aliment énergétique plutôt mieux adapté à notre organisme que le lait de vache. De plus, il est pauvre en matières grasses et riche en protéines.
 
Par contre, ce n'est pas un médicament ni un "alicament". Il est faux de prétendre que le lait d'ânesse convient aux personnes intolérantes au lactose ! D'autant plus qu'il contient plus de lactose que le lait de vache...
 
Le lait d'ânesse ne soigne ni ne guérit l'arthrose, le sida ou le cancer !
 
Il ne soigne pas la grippe ou ni les petites affections hivernales comme le rhume qui, de toute façon sont virales.
 
Par contre, en cure de 3 semaines par exemple (pas plus parce que c'est produit rare et onéreux), le lait frais d'ânesse peut entrer dans le cadre d'une alimentation équilibrée et diversifiée.
 
 
Le lait d'ânesse en dermatologie et cosmétique
 
Pour ce qui est des maladies de peau, le lait d'ânesse ne les déclenche pas, ne les aggrave pas et, souvent, il atténue leurs manifestations désagréables (démangeaisons, suintements, peau hyper-sèche ou hyper-grasse). C'est déjà énorme quand on sait que la plupart des cosmétiques conventionnels agravent les maladies de peau. Par contre, il est faux d'affirmer qu'il guérit l'acnée, l'eczéma ou le psoriasis.
 
Là où les belles du temps jadis ne s'étaient pas trompées, c'est bien sur les vertus cosmétiques du lait d'ânesse.
 
Les experts sont formels, sa composition en fait :
  • un actif de choix dans le soin des peaux à problèmes (peaux atopiques, eczémateuses, acnéiques, etc.),
  • les protéines et les minéraux qu'il contient repulpent les peaux matures,
  • son juste équilibre en eau et en graisse convient particulièrement aux peaux sèches,
  • proche du lait maternel, il fait merveille dans les produits pour les bébés et les femmes enceintes.
Cependant, toutes ces belles promesses ne valent que pour les cosmétiques à base de lait frais et contenant au moins 10% de cet actif précieux, ce qui est très rare sur le marché...
 

 
 
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