Le lait de jument et d'ânesse est à la mode dans les cosmétiques. Résultat, ce marché attire toute une série de personnages peu recommandables dont souci principal n'est pas le développement durable, la protection de l'environnement, la santé du consommateur ou bien-être animal. Non, leur intérêt, c'est leur porte-monnaie !
Cette fiche n'est pas consacrée aux bienfaits réels ou supposés des laits de jument et d'ânesse, mais à la protection de ces animaux. En effet, lorsqu'on vous parle de ces produits, vous imaginez des chevaux joyeux galopant sur de vertes prairies ou des ânes se prélassant sous les rayons du soleil printaniers. La réalité est souvent plus cruelle.
Qui dit lait, dit bébé…
Vous l'oubliez probablement lorsque vous consommez votre yoghourt. Pour qu'une vache donne du lait, elle doit avoir eu un veau. En agriculture conventionnelle, ce dernier est
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séparé immédiatement de sa mère
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enfermé dans une sorte de cage (niche à veau) en pur plastique véritable
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empêché de manger de la paille ou de l'herbe (sinon sa viande ne sera pas blanche)
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nourri avec de la poudre de "lait" reconstitué, souvent à base de soja transgénique
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et, si c'est un mâle, il finit en escalopes ou en paupiettes sur l'étal du boucher…
N'allez surtout pas croire que son sort est meilleur en agriculture bio. C'est juste la qualité de sa nourriture qui change. Le reste est identique, sauf pour les labels "veau élevé sous la mère", seul mode d'élevage que nous pouvons vous recommander sans rougir.
Quant aux vaches de réforme, devenues stériles ou trop vieilles pour se reproduire, bio ou pas, vous les retrouvez en steaks, hamburgers ou émincé de beauf…
Même chose pour une jument ou une ânesse. Pour qu'elles aient du lait, elles doivent avoir pouliné.
Poulains et ânons
Vous vous dites que le système est complètement différents pour les équidés ? C'est vrai et… faux.
Les juments et les ânesses sont des mamans hors pair qui refusent de donner leur lait si leur petit n'est pas près d'elles. Elles se tarissent immédiatement si elles en sont séparées. Aussi, il s'effectue une sorte partage entre l'agriculteur et l'animal. Le premier prélevant une partie du lait et laissant l'autre au bébé. Chez les mammifères, la production de lait dépendant de la demande, ces juments et ces ânnesses en produisent plus, comme les femmes ayant des jumeaux ou les nourrices autrefois qui allaitaient leur bébé et celui d'une autre. Dame-Nature a en effet prévu la possibilité de sauver, par l'adoption, les petits dont la mère est décédée ou n'a pas de lait. Ce partage entre l'homme et l'animal n'est donc pas totalement contre-nature.
Vous vous dites que, contrairement aux vaches, chevaux et ânes sont utilisés en équitation, loisirs ou travaux agricoles, ce qui donne débouché aux poulains et aux ânons. Sauf que, pour les animaux sans origine définie, sans aptitude reconnue au travail, l'offre est plus importante que la demande. Nombre de poulains et d'ânons finissent en steaks de cheval ou en saucissons d'âne conventionnels ou bio…
Il n'y a en France que quelques jumenteries de production de lait qui ont un débouché autre que la boucherie pour les poulains mâles. Ce sont de grands élevages qui ont diversifié leurs activités avec un centre équestre attenant et, surtout, qui élèvent des chevaux de races rustiques (Haflinger ou Merens) inscrits au livre des origines. Dans ce cas, mais dans ce cas seulement, il est plus intéressant pour l'agriculteur de vendre ses poulains pour le travail que pour la viande.
Même chose pour les ânons. Quelques asineries productrices de lait ont choisi des ânes de race, souvent du reste en voie de disparition, ce qui leur donne un débouché pour la vente des jeunes. Par ailleurs, elles effectuent un travail remarquable de sauvegarde et de sélection de races très anciennes qui méritent d'être défendues et conservées. La production et la transformation du lait d'ânesse n'est souvent qu'une branche de leur actiivté. Ces asineries proposent souvent aussi des randonnées avec leurs ânes, des activités pour les enfants et les handicapées ou des tables d'hôte.
Les autres, celles qui ont choisi des animaux sans race bien définie, ont du mal à vendre leurs ânons. Résultat, ils finissent en saucissons…
Quant aux juments et ânesses âgées, qui ne peuvent plus pouliner, il en va dans certains élevages peu scrupuleux comme pour les vaches. C'est la boucherie ou, au mieux, l'euthanasie qui les attendent. D'autres éleveurs, qui ont bien-sûr notre préférence, conservent ces vieilles dames pleines d'expérience dans le troupeau des jeunes entre 8 mois et 3 ans qu'elles contribuent à socialiser.
Le bien-être des animaux
Certains petits agriculteurs, surtout dans les régions économiquement sinistrées en France, ont vu dans la production de lait de jument la possibilité d'améliorer leurs finances alors que les cours du lait de vache ne cessent de baisser sur le marché européen.
Ces personnes se fichent bien entendu éperdument du bien-être de leur bêtes. Régulièrement, les associations protectrices des animaux sont alertées sur des cas de maltraitance. Certains agriculteurs se procurent des juments promises à la boucherie parce que ne pouvant être plus montées ou des juments de trait. Ils les détiennent enfermées dans d'anciennes étables inadaptées, attachées jour et nuit sur leur fumier, ou dans des paddocks boueux sans un brin d'herbe.
Mis à part s'ils proviennent d'un élevage de chevaux de race mentionné clairement sur l'emballage, nous ne pouvons que vous déconseiller l'achat de produits à base de lait de jument.
Les ânes sont un peu mieux lotis. Oh, pas parce que l'humain est meilleur en ce qui les concerne, mais parce qu'ils sont plus rustiques et frugaux. En effet, si les chevaux demandent de grandes pâtures assez riches, les ânes sont heureux sur des terrains de moindre qualité et dans des espaces plus restreints.
Les cas de maltraitance dans les asineries sont beaucoup plus rares que dans les jumenteries.
Qualité suisse
N'allez surtout pas vous imaginer qu'en achetant un produit au lait d'ânesse fabriqué en Suisse, vous allez éviter tous ces problèmes.
Il est vrai que la protection des animaux domestiques et des bêtes de rente est bien meilleure dans notre pays qu'en France voisine. Juments et ânesses y sont généralement beaucoup mieux traitées. Des inspecteurs sillonnent nos campagnes pour contrôler le respect des normes légales. Par ailleurs, les associations de protection animales sont redoutablement actives.
Seulement, mis à part des savons, aucun cosmétique au lait de jument ou d'ânesse fabriqué en Suisse ne l'est avec des matières produites dans notre pays ! Si la marque a son siège social chez nous, cela ne veut pas forcément dire que les produits y sont fabriqués. Si le laboratoire qui réalise les émulsions aériennes swiss made est bien situé en Suisse, le lait utilisé est importé de France !
Notre choix
Nous avons renoncé aux cosmétiques au lait de jument car, mis à part deux ou trois grands élevages dont les produits, bien que bio, sont quasiment industriels, aucune jumenterie ne nous garantit le respect du bien-être des animaux tel que nous le concevons.
Pour les produits au lait d'ânesse nous avons choisi une asinerie
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située en Normandie, ce qui garantit une alimentation de qualité pour les animaux
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élevant des ânes du Cotentin inscrits au livre des origines
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offrant de grandes prairies et des abris confortables à ses ânes
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ayant assez de surfaces de prairie pour pouvoir garder les ânesses réformées
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ayant son propre étalon (pas d'insémination artificielle ni de déplacements stressants pour les ânesses)
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pratiquent l'agriculture biologique sous label Nature & Progrès
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actuellement en conversion pour obtenir la certification DEMETER, encore plus exigeante
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cultivant à la ferme les plantes utilisées dans les cosmétiques
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possédant son propre laboratoire sur place pour la transformation du lait en savons et émulsions
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fabricant de petites séries artisanales sous le contrôle d'une biologiste et d'un laboratoire cosmétique agréé.
En deux mots comme en cent : bien-être des ânes – qualité des produits.