Élaboré depuis la plus haute Antiquité, le savon d'Alep représente des millénaires de culture et d'histoire. Grâce aux Croisés qui le rapportèrent en Occident, ce savon s'est répandu à travers tout le bassin méditerranéen, en passant par l'Italie et l'Espagne, pour atteindre Marseille, dont le savon est l'héritier direct du savon d'Alep. Cliquez sur le lien souligné pour accéder à notre fiche produit sur le savon de Marseille. Plus largement, le savon d'Alep est à l'origine de la totalité des savons durs dans le monde.
Historique
La ville d'Alep est située au nord-ouest de la Syrie. Ce serait la plus ancienne ville, n'ayant cessé d'être habitée, au monde. Cet important centre commercial et industriel est connu pour ses souks couverts, comprenant de nombreuses boutiques et des mosquées des 16e et 17e siècles, pour sa célèbre citadelle dominant la ville et pour ses savons.
C'est dans la région d'Alep que les premiers savons durs ont été élaborés. Ils sont encore fabriqués, là où ils sont nés, selon un procédé artisanal ancestral qui n'a pas varié depuis l'origine. Cette tradition séculaire s'est perpétuée jusqu'à nos jours, génération après génération et de père en fils, grâce aux maîtres savonniers d'Alep.
Composition
Elle n'a pas varié d'un iota :
• Huile d'olive
• Huile de baies de laurier
• Eau
• Soude ou cendre de salicorne.
L'huile d'olive
Depuis l'Antiquité, c'est le produit le plus utilisé de toutes les populations du pourtour méditerranéen. Aliment, elle se faisait aussi cosmétique et médicament. On s'en frottait le corps au sortir du bain afin d'assouplir muscles et articulations. On l'employait contre les troubles hépatiques, les calculs biliaires et les coliques néphrétiques. La feuille d'olivier, qui a la propriété de faire baisser la tension artérielle ainsi que le taux de sucre dans le sang, était utilisée contre l'hypertension, l'angine de poitrine et le diabète sucré.
L'huile d'olive est l'une des seules huiles végétales issues non d'une graine mais d'un fruit complet. Elle contient près de 80 % d'acides gras essentiels, des vitamines (A, E, C et D), de la chlorophylle et des polyphénols. Cette composition en fait un soin inestimable pour la peau. Cette huile est tirée du fruit de l'olivier, arbre à feuilles persistantes, cultivé depuis des millénaires dans le bassin méditerranéen, dont le fruit contient 25 à 35% d'huile.
Le laurier
Dans l'Antiquité, le laurier noble, ou laurier d'Apollon, des anciens revêtait un caractère sacré. Le laurier noble constitue un genre parmi les lauracées. La famille des lauracées est composée d'arbres et d'arbrisseaux dont les feuilles sont persistantes, coriaces, simples, sans stipules, alternes et imprégnées, comme les diverses parties de ces plantes, d'huile essentielle aromatique.
Le laurier noble produit un fruit dont l'odeur rappelle à la fois celle de la girofle et de la noix de muscade. On en tire une huile particulièrement parfumée.

L'huile de baies de laurier a une
action hyperémiante et antiparasitaire. Elle entre dans la composition de pommades et liniments à appliquer sur furoncles, abcès et inflammations cutanées diverses et contre les douleurs rhumatismales et névralgiques. C'est la quantité de cette huile qui confère au
savon d'Alep sa valeur et son efficacité.
La cendre de salicorne
La soude issue de cendres de plantes est appelée carbonate de sodium. C'est lui que l'on qu l'on utilise en principe dans le savon d'Alep. Malheureusement, aujourd'hui 99% de la soude utilisée dans le monde est de la soude caustique ( = hydroxyde de sodium) produite par réaction chimique. Il ne faut pas confondre carbonate de sodium, soude caustique et bicarbonate de soude ! Le premier et le dernier sont totalement biodégradables et sans danger pour l'environnement. Ce n'est pas le cas de la soude caustique...
Le Français Nicolas Leblanc avait déjà inventé en 1791 un procédé permettant d'obtenir du carbonate de sodium à partir d'eau de mer, ce qui donna aux savonniers marseillais une matière première plus facile à obtenir que par la méthode de combustion de plantes. Ce procédé fut supplanté en 1861 par Ernest Solvay qui mit au point un procédé qui permet d'extraire la soude du carbonate de sodium par réaction chimique.
La soude caustique est irritante et corrosive pour les muqueuses. Au contact de l'eau, elle produit des émanations toxiques. Elle doit être manipulée avec des gants ainsi qu'avec une protection des yeux et des voies respiratoires. Elle est dangereuse pour les ouvriers qui la manipulent. Elle l'est également pour l'environnement car elle augmente le pH des cours d'eau, ce qui représente un danger pour les poissons.
Fabrication du savon d'Alep
Chaque année, en novembre, quand les huiles viennent d'être extraites, le même rituel se répète dans les vieux souks d'Alep. L'huile d'olive est chauffée avec l'eau et la soude, très lentement, plusieurs jours, dans de grands bacs en pierre, selon l'ancestral procédé de saponification. En fin de cuisson, quand la pâte est prête, on ajoute l'huile de baies de laurier pour l'enrichir et la parfumer. Au terme de la cuisson la pâte est étalée et découpée manuellement.
Les pains obtenus, de couleur verte, sont échafaudés en tours pour une très longue période de maturation au grand air. Le savon sèche et durcit durant de longs mois. Il prend peu à peu une couleur brune, seul le cœur restant vert.
Le savon d'Alep s'est longtemps présenté uniquement sous la forme d'un pain cubique sur lequel était inscrit le nom du fabricant ainsi que la qualité du produit. Cette qualité est définie par le pourcentage d'huile d'olive et celui d'huile de laurier (1 à 25%).
A ce savon découpé s'est ajouté un savon moulé de taille plus réduite. Les fabricants de cosmétiques occidentaux importent aussi des savons d'Alep pour réaliser un produit liquide qui correspond mieux à la demande des consommateurs des pays du Nord.
Savon d'Alep et commerce équitable
Depuis toujours, le savon d'Alep à fait l'objet d'intenses échanges commerciaux. Il fait partie des produits que proposent les circuits de commerce équitable. C'est incontestablement un bien pour les populations locales qui voient leur travail rémunéré au juste prix.
Ce ne l'est pas forcément pour le consommateur occidental qui risque de confondre commerce et équitable et qualité du produit. Ce n'est malheureusement pas parce qu'un savon est labellisé équitable qu'il a été fabriqué avec de la cendre de salicorne et qu'il contient un pourcentage respectable d'huile de laurier… La demande de l'industrie cosmétique conventionnelle ou naturelle étant très importante, il est tentant pour les fabricants syriens de tirer la qualité vers le bas.
Dans ce domaine, seule l'éthique et la compétence de l'importateur font la différence. Il ne suffit pas rémunérer au juste prix le producteur, mais aussi de s'assurer de la qualité de ses produits… Quant au consommateur, une fois de plus, on ne peut que lui conseiller de bien lire les étiquettes !
Utilisation
Très respectueux des peaux les plus sensibles, le savon d'Alep peut s'utiliser aussi bien pour la toilette du corps et des cheveux que pour laver le linge.
Comme le savon de Marseille, son héritier direct, c'est un excellent désinfectant naturel que vous pouvez poser près de tous vos points d'eau. On n'a rien inventé de mieux pour se laver les mains.
En effet, l'huile d'olive nourrit et adoucit la peau tandis que l’huile de baies de laurier en rétablit le film hydro-lipidique et possède un effet antiseptique et désinfectant. C'est pourquoi, le savon d'Alep est souvent conseillé pour les peaux sensibles à tendance allergique.
Le savon d'Alep s'utilise aussi comme shampooing, comme masque pour le visage, comme mousse à raser et… comme anti-mites (mettre un morceau de savon dans votre armoire pour protéger votre linge, les mites supportent très mal l'odeur des baies de laurier).
Produit naturel, le savon d'Alep est totalement neutre pour l'environnement. Il est est biodégradable et ne pollue pas les eaux.