Cosmétiques naturels et biologiques


 
LE SAVON DE MARSEILLE 
 
 
Le savon de Marseille : le trophée des Croisés

En Europe, le savon est utilisé depuis l'Antiquité. Les Gaulois fabriquaient un produit à base de suif et de cendres qu'ils utilisaient pour se teindre les cheveux en roux, pour laver le linge et comme désinfectant pour les plaies. Le suif est, en principe, de la graisse de boeuf tandis que le saindoux est de la graisse de porc. Les Gaulois utilisaient de la graisse de chèvre.

Il semble bien que le savon de Marseille soit l'héritier du savon d'Alep que les Croisées ont ramené dans nos contrées au Moyen-Age dans leurs bagages. Cliquez sur le lien souligné pour accéder à la fiche sur le savon d'Alep.
 
Le savon d'Alep – Ville de Syrie – est fabriqué, encore aujourd'hui, à base d'huile d'olive, d'huile de baies de laurier, d'eau et de soude naturelle. Cette soude végétale est de la cendre de salicorne, une plante de bord de mer que l'on retrouve sous presque tous les climats. Ce savon fait partie intégrante de la culture orientale.

 
Le premier savon de Marseille

Marseille vue de la mer

Au départ, le savon de Marseille n'est qu'un savon d'Alep simplifié, fabriqué artisanalement à base d'huile d'olive et de soude végétale. En 1593, Georges Prunemoyr, dépassant le stade artisanal, fonde la première fabrique marseillaise. D'autres suivront. Sous Colbert, la quantité et la qualité des productions marseillaises sont telles que la locution savon de Marseille devient un nom commun. Il s'agit alors d'un savon de couleur verte qui se vend principalement en barre de 5 kg ou en pains de 20 kg. En 1786, 48 savonneries produisent à Marseille 76.000 tonnes de savon. Elles emploient 600 ouvriers et 1 500 forçats prêtés par l'Arsenal des Galères.

Le succès est total. L'utilisation du savon de Marseille se répand dans toute l'Europe. C'est que ce produit, comme son ancêtre, le savon d'Alep, a non seulement des vertus nettoyantes, mais aussi des vertus désinfectantes.

L'actuel savon de Marseille

À partir de 1820 de nouvelles matières grasses sont importées en Europe. Elles transitent par le port de Marseille. Les huiles de palme, d'arachide, de coco et de sésame deviennent des matières premières de choix pour la fabrication du savon qui reste d'excellente qualité. Cependant, les savonneries marseillaises subissent la concurrence des savonneries anglaises ou parisiennes qui emploient du suif qui permet de produire un savon moins cher.

La chimie moderne prend son essor dès le début du 19e siècle. La soude naturelle est abandonnée au profit de soudes synthétiques. Au début du 20e siècle, la ville de Marseille possède 90 savonneries. L'industrie du savon est florissante dans la région marseillaise jusqu'à la première guerre mondiale où la difficulté des transports maritimes porte gravement atteinte à l'activité des savonniers. Après la seconde guerre mondiale, le savon de Marseille est supplanté par les détergents de synthèse.
 
 
Il y soude et soude !
 
La soude issue de cendres de plantes est appelée carbonate de sodium. C'est lui que l'on utilisait dans le premier savon de Marseille et, encore de nos jours, dans le savon d'Alep. Malheureusement, aujourd'hui 99% de la soude utilisée dans le monde est de la soude caustique ( = hydroxyde de sodium) produite par réaction chimique. Il ne faut pas confondre carbonate de sodium, soude caustique et bicarbonate de soude ! Le premier et le dernier sont totalement biodégradables et sans danger pour l'environnement. Ce n'est pas le cas de la soude caustique...
 
Le Français Nicolas Leblanc avait déjà inventé en 1791 un procédé permettant d'obtenir du carbonate de sodium à partir d'eau de mer, ce qui donna aux savonniers marseillais une matière première plus facile à obtenir que par la méthode de combustion de plantes. Ce procédé fut supplanté en 1861 par Ernest Solvay qui mit au point un procédé qui permet d'extraire la soude du carbonate de sodium par réaction chimique.
 
La soude caustique est irritante et corrosive pour les muqueuses. Au contact de l'eau, elle produit des émanations toxiques. Elle doit être manipulée avec des gants ainsi qu'avec une protection des yeux et des voies respiratoires. Elle est dangereuse pour les ouvriers qui la manipulent. Elle l'est également pour l'environnement car elle augmente le pH des cours d'eau, ce qui représente un danger pour les poissons.
 
 
Définition du savon de Marseille
 
L'appellation savon de Marseille ne correspond pas à un terroir mais à un procédé de fabrication. François Merklen a fixé en 1906 la formule du savon de Marseille: 63% d'huile de coprah ou de palme, 9% de soude ou de sel marin, 28% d'eau. La nature de l'huile peut être différente mais elle doit être d'origine vétégale. La proportion d'huile peut aussi être plus importante, le savon est alors qualifié de surgras, mais elle ne peut pas être inférieure. 
 
On notera que la soude peut être d'origine naturelle ou synthétique. Elle peut aussi être remplacée par du sel marin. Soyez donc prudents dans vos achats. Un savon de Marseille qui porte l'appellation artisanal n'est pas forcément entièrement composé de produits naturels et encore moins bio…

 
Le renouveau du savon de Marseille

Ce renouveau nous vient de 3 versants.

D'abord, une fois n'est pas coutume, du monde médical. Las de voir arriver dans leurs cabinets des patients allergiques aux détergents de synthèse (lessive, shampooings, gels douches…), les médecins recommandent le savon de Marseille. On n'a rien inventé de mieux pour laver le corps comme le linge, voire pour désinfecter une petite plaie. Et sans danger pour la santé !

Ensuite, du consommateur qui veut revenir aux produits traditionnels.

Enfin, des producteurs qui, face à la modification de nos habitudes, nous proposent du savon de Marseille sous forme liquide.
 
 
Utilisation du savon de Marseille

C'est ce que vous pouvez imaginer de plus efficace pour vous laver les mains. A poser près de tous vos points d'eau. C'est aussi ce que vous pouvez trouver de plus simple pour votre douche quotidienne. Il n'a qu'un défaut. Il dégraisse la peau, ce qui donne un sensation de tiraillement que certains adorent – on se sent propre ! – et que d'autres détestent.

En voyage, en randonnée, emportez toujours un petit savon, sous forme de pain, c'est plus pratique. N'oubliez pas ses vertus bactéricides, antiseptiques et fongicides. Il ne fait pas que laver, il désinfecte la peau saine mais aussi les petites plaies. Vous vous êtes coupé ? Si vous n'avez pas de produits pharmaceutiques sous la main, sortez votre savon de Marseille !
 
C'est aussi un excellent nettoyant ménager écologique. Sous forme liquide, vous pouvez le diluer dans l'eau pour nettoyer presque toutes les surfaces. On n'a rien inventé de mieux pour laver le linge des personnes à tendance allergiques. C'est aussi un excellent détachant. L'éponge de l'évier ou de la baignoire est sale et poisseuse ? Une petite cure de savon de Marseille et vous la retrouverez comme neuve et... désinfectée !
 
N'oubliez pas que, sous sa forme originelle, c'est à dire au carbonate de sodium et au sel marin, le savon de Marseille est totalement neutre pour l'environnement.
 
 
 
 
 
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